Plants Vs. Zombies

Plants Vs. Zombies

Michael Jackson est mort, il est tombé du toit, c’est comme ça. Ben oui, ici aussi le King of Pop a droit à sa petite nécrologie. A l’heure où tout le monde, de votre concierge à Frédéric Mitterand, se déclare subitement fan de lui et se répand en qualificatifs élogieux sur sur sa contribution à l’histoire de la danse, à celle de la musique et à celle de la péd… de l’éducation, je comprends que cela puisse vous mettre en rogne, surtout si vous n’êtes pas des cinq heureux gagnants du concours Rock & Junior. Rassurez-vous, ce sera aussi rapide que la lecture d’un haïku par Busdriver, le temps de vous confier que Dangerous est le premier album que j’ai acquis de mon propre chef (en cassette, en 1991, avant d’enchainer sur Thriller et Bad), l’album qui a attisé ma passion naissante pour le champ artistique au sein duquel j’essaie aujourd’hui de faire ma place. Le temps également de vous présenter la meilleure façon de rendre hommage à Bambi : s’initier à Plants Vs. Zombies et laisser le revenant à son effigie assaillir votre demeure en compagnie de ses danseurs.

Vous n’avez rien compris ? Pardon, je reprends au couplet d’avant. Plants Vs. Zombies est un projet développé par PopCap Games, un studio considéré par certains comme le roi du jeu dit casual, autrement dit le roi des productions jouables par courtes sessions, à la courbe d’apprentissage peinarde, au potentiel addictif significatif et, bien trop souvent, à l’inventivité rabougrie. Sauf que chez ces game designers basés à Seattle, comme l’a prouvé la prospère série Peggle et comme le démontre à son tour cet énième symptôme de la (trop ?) grande forme culturelle des dépouilles affamées de cerveaux, on sait marier bonnes vieilles formules de gameplay, en l’occurrence celles propres au tower defense, réalisation fignolée et pincée personnelle sans que le ménage à trois ne vire au divorce torrentueux. Il faut dire que l’idée de départ est stimulante de cocasserie : pour endiguer une invasion de cadavres ambulants, le joueur doit disposer dans son jardin des plantes aux propriétés défensives et coûts énergétiques variés. Ben oui, tout ne pousse pas comme les chênes dans le Domaine des dieux. Ici, il vaut gérer avec prudence un stock de soleils, lequel se remplit via la récolte d’astres en chute libre et, essentiellement, par l’intermédiaire de tournesols à cultiver soi-même. Vous commencez à cerner le dilemme ? D’un côté, trop d’attention accordée à l’accumulation de ressources et l’on prend le risque de se faire déborder. De l’autre, la gestion en flux tendu de son armée rime rapidement avec pénurie puis, fatalement, avec mastication de “BrrraaAaains !“. Heureusement, l’entame de chaque niveau est assez tranquille pour pouvoir élaborer une stratégie sans en appeler à Saint-Deep Blue. C’est après que ça se corse. Lorsque débarque une “Huge wave of zombies” (en fin de niveau, mais pas que) et lorsque l’on se rend compte que la charogne de base laisse la place à des cousines plus roublardes et plus farfelues. Certaines ont des sceaux sur la tête et résistent donc mieux aux projectiles. D’autres rebondissent sur des pogo sticks pour se jouer des obstacles. D’autres encore chevauchent d’endurantes surfaceuses à glace, pavant la voie pour une équipe de bobsleigh. Et bien sûr il y a Michael, redoutable puisqu’il lui suffit d’un pas de danse et d’un coup de projecteur pour invoquer quatre sbires. Dans tous les cas, avant de céder à la panique du jardinier manquant de place ou d’expédients solaires pour répondre à la menace, impossible de ne pas esquisser un sourire devant l’imagination et l’absurdité déployées par les créateurs.

Où l'expression "j'peux pas, j'ai pisicine" fait sens

Où l'expression "j'peux pas, j'ai pisicine" fait sens

Vous vous en doutez, chaque ennemi ayant ses forces, il a aussi ses faiblesses. On peut par exemple recourir à un aimant pour débarrasser les assaillants de leurs protections ou faire appel à un cactus pour éclater les ballons de la piétaille aéroportée. Seulement l’adage énoncé au début de ce paragraphe s’applique aussi à vos protégés : la plante carnivore peut s’occuper des défunts les plus costauds mais est vulnérable pendant sa digestion, les cerises explosives ont un cooldown conséquent, la mine-patate a besoin de quelques précieuses secondes pour s’armer… Le pire, c’est que l’on ne peut emporter dans sa besace qu’un nombre restreint de soldats végétaux. Pourtant, en dépit de toutes ces variables, Plants Vs. Zombies n’a rien d’insurmontable, au contraire, PopCap ayant fondé la longévité de son titre sur sa capacité à se renouveler plus que sur celle à proposer un challenge toujours plus ardu. Après avoir protégé son pré carré de jour, on devra ainsi faire de même la nuit, au moment où les champignons (l’un hypnotise un opposant, l’autre se sacrifie en une explosion atomique…) remplacent des plantes traditionnelles devenues inopérantes. Ensuite, il faudra passer à la piscine de l’arrière-cour, contrer les plongeurs à coups d’algues sournoises et installer ses forces sur des nénuphars. Plus tard, on devra guerroyer au milieu d’un épais brouillard et se méfier de tombes renfermant des renforts adverses, avant de découvrir sur le toit les joies de la bataille rangée sur plan incliné. En parallèle et en gardant en tête que chaque contrainte (de terrain, de climat) à sa solution, on s’essaiera à des tas de mini-jeux (bowling, whack-a-zombie…) et de modes additionnels (Survival, culture d’une serre zen…) pour amasser du fric à claquer dans la boutique de Crazy Dave (slot supplémentaire, upgrades…), véritable running gag de la section aventure grâce à ses conseils dispensés entre un éclat de rire dément et une aberration narrative.

Le problème, c’est qu’entre son accessibilité forcenée (voir notamment le rythme limite apathique des affrontements) et sa volonté de durer, Plants Vs. Zombies finit par devenir répétitif et tactiquement plus limité que prévu. On se prend alors à rêver de mises à jour introduisant de nouveaux adversaires et de nouvelles armes pour leur faire sauter le caisson, d’autant qu’une fois les bons réflexes acquis, on en revient toujours au même assortiment, à une ou deux variations près. M’enfin au regard prix du bazar, de la stabilité de ses mécanismes, du degré de choupitude de ses graphismes colorés et cartoony, de son humour vivifiant et couillon et de la myriade de surprises qu’il renferme, ce serait être plus royaliste que le roi. Or, même si celui de la pop est décédé, ce n’est pas une raison. Sinon, pour votre gouverne, notez que je viens une nouvelle fois de me voir refuser un chouette poste pour cause de “vous conveniez parfaitement, mais on a trouvé quelqu’un ayant déjà fait ses preuves sur une fonction similaire, alors on a préféré opter pour la sécurité, mais attention on aime l’émergence et la jeunesse hein !“. Non vraiment, en ce moment la vie suce.

"Donne-moi la main, et prends la mienne"

"Donne-moi la main, et prends la mienne"



Plants Vs. Zombies (PopCap Games) – 2009



2 Responses to “Plante un jardin, sur du papier quadrillé (par des zombies)”  

  1. Un début d’article qui emprunte un vers de Renaud pour une si triste nouvelle, c’est joli, chapeau !
    Il paraît que c’est très addictif aussi ce jeu. Je sais pas si c’est une très bonne idée de s’y mettre pour y passer tout son temps…

    Et au passage : bon anniversaire ! Et bon courage pour ta recherche de boulot !


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