La mort leur va si bien

Left 4 Dead
Nom d’un sandwich marmouset-mayonnaise, dix-sept jours que ce blog végète et que personne ne s’en offusque ! Aucune manifestation en bas de mon immeuble, nul paquet contenant une tête de porc dans ma boite à lettres, pas d’appels téléphoniques anonymes, rien. De quoi me conforter dans l’idée que le groupe de 3000 à 4000 touristes qui arpentent ce blog chaque mois n’est constitué que d’un noyau dur de 15 personnes dont 5 idiots tombant ici systématiquement par hasard. Mais bon, comme je suis aussi dévoué à mes clients que ce pauvre employé de Wal-Mart piétiné à mort pendant le coup d’envoi du Black Friday l’était vraisemblablement à l’égard des siens, je vais m’excuser. M’excuser d’être contraint de rédiger des lettres de motivation accueillies avec autant d’enthousiasme qu’un spam, d’avoir planché des heures sur le compte-rendu d’un colloque ayant fait ressurgir mes plus sombres souvenirs estudiantins et de peiner à reprendre le fil de mes pérégrinations egotiques après une telle période de chasteté. Ceci étant dit, intéressons-nous à mon messie vidéoludique de l’année : Left 4 Dead.
Originellement développé par un studio pas très glamour (Turtle Rock Studios, coupable de Counter-Strike Condition: Zero) avant de rejoindre l’écurie Valve par le truchement d’une petite acquisition des familles, celui-ci repose sur le genre de concepts qui amène votre serviteur à se pourlécher les babines : une infection, des zombies, le chaos, quatre survivants obligés de serrer les miches pour espérer conserver leur dénomination, des flingues et des hectolitres de sang. Simple comme “Bouya !” donc, sachant que comme lorsque vous surgissez dans le dos de votre bien-aimée en hurlant ce drôle de mot, les sensations sont au rendez-vous. Left 4 Dead prend ainsi la forme d’un FPS axé sur la coopération. Vous incarnez au choix Bill le vétéran de l’armée, Francis le biker tatoué, Louis le black en chemise chic et la petite brune Zoey et, accompagné des autres larrons dirigés par une intelligence artificielle relativement digne de confiance, avez pour objectif de traverser divers niveaux infestés de cannibales. Les dits niveaux sont répartis en quatre campagnes de cinq étapes qui vous verront explorer un hôpital, un aéroport, des champs de maïs et une station de métro entre autres lieux typiques de la fiction horrifique, chaque secteur se ponctuant par l’arrivée à une safe house inviolable ou la venue d’un véhicule de secours au terme d’une âpre bataille.
Voilà pour le factuel. Dans la pratique, les développeurs sont parvenus à établir une formule assurant à leur titre une ambiance terriblement prenante et une rejouabilité salvatrice en ces temps de jeux bouclés en moins de temps qu’il n’en faut pour éplucher une aubergine récalcitrante. Cette formule a un nom : AI Director, autrement dit un réalisateur planqué dans la Matrice. En lorgnant forcément du côté du cinéma de genre, le studio a caché sous ce nom un procédé qui adapte le déroulement des évènements à votre comportement et votre talent, pour le dire vite. Attention, ici nulle difficulté adaptative à la Oblivion (être capable de tuer un troll en début de partie et se faire défoncer par un pauvre loup ultérieurement, bonjour le trauma), celle-ci s’échelonnant sur quatre niveaux. Simplement, si vous assurez comme une bête le jeu se fera un plaisir de vous sortir ses tactiques les plus sadiques tandis que si vous boitillez comme un lépreux vous aurez droit à des accalmies temporaires. Et encore, ce modèle est loin d’être infaillible. Tant le placement des objets (soins, armes, explosifs…) que la gestion des hordes de zombies (les vagues qui viennent vous surprendre, surgissant d’un conduit ou d’une mur branlant) dépendent de ce procédé, lequel garantit des parties virtuellement toutes différentes les unes des autres. En solitaire, il y a donc de quoi passer outre le contenu de base, honorable mais vite exploré, la présence d’infectés spéciaux étant elle aussi synonyme de mauvaises surprises. Vous pourrez ainsi compter sur le Smoker et son immense langue pour vous attirer loin de vos camarades, sur le bondissant Hunter pour vous plaquer au sol en hurlant, sur le Boomer pour vous asperger d’un vomi déclenchant l’ire des infectés environnants, sur la Witch pour se lamenter sur votre chemin et vous étaler d’un coup de griffe si vous avez le malheur de la déranger ou sur le puissant et endurant Tank pour venir vous mener la vie dure en vous balançant des morceaux de bitume quand vous vous y attendrez le moins.
Évidemment, c’est en réseau que le jeu prend tout son sens, et ce malgré un système de matchmaking quasi-à l’aveuglette hérité de la Xbox 360 qui fait bien mal au fondement. A quatre avec des micros, de préférence un soir d’hiver feutré et silencieux, la tension et l’action sont en effet garanties. Se précipiter pour libérer un allié de l’emprise d’un Hunter, repousser à coups de crosse les malades qui s’acharnent sur un camarade au sol, relever un blessé avant qu’un Tank n’arrive, en soigner un autre pour assurer la survie du groupe, se répartir les accès à couvrir lors d’un siège final ou d’un point d’orgue en forme d’attente (qu’un ascenseur arrive, qu’une barricade brûle…), jeter une pipe bomb (laquelle attire la horde vers elle avant d’exploser) pour éviter que ne soit submergée la victime d’un Boomer, se précipiter pour délivrer un camarade tombé au combat et reparu prisonnier d’un cagibi, paniquer telle une poule en terrain miné en voyant vos cibles escalader frénétiquement le moindre obstacle pour atteindre votre refuge sont de ces réflexes qui deviennent monnaie courante avec un peu de bouteille et qui, pourtant, s’accompagnent inévitablement d’une part d’imprévu. De quoi donner se prendre des shoots d’adrénaline à tire-larigot, l’atmosphère n’étant pas en reste.
Car certes le moteur Source accuse son âge, mais comme d’habitude avec Valve, la technique est surtout au service d’une vraie patte graphique et sonore. Après Team Fortress 2 et ses airs de Tex Avery sous la mitraille, le changement est radical : au Diable (une majuscule, s’il vous plait) les couleurs de veste de sécurité, les voix caricaturales et l’air de pipeau guilleret, place aux lumières fébriles, aux textures poisseuses, aux doublages crédibles, aux borborygmes qui vous front grésiller l’échine, aux animations désarticulées et sauvages, aux membres qui se déchirent en gerbes rubicondes et aux musiques dans le ton (piano dissonant, airs de cuivres funestes…). Le plus beau dans l’histoire, c’est que l’enrobage audiovisuel évolue lui aussi en fonction du bon plaisir de l’IA Director et de vos actions, via tout un tas de petits trucs en partie révélés dans un un instructif billet signé Randy Lundeen : contraste localisé, grain cinématographique, correction colorimétrique, noir et blanc rétro en cas de décès proche… Autant de détails presque imperceptibles mais qui contribuent autant à l’immersion et l’appréhension que la présence de voitures dont il faut éviter de déclencher de l’alarme, de témoignages drôles ou tragiques griffonnés sur les murs par d’autres rescapés, de bouts de dialogues révélateurs de la psychologie des personnages ou des évènements antérieurs au jeu ou par l’implémentation de pièces sombres à explorer la torche à la main sans trop savoir ce qui s’y cache. Le level design est à ce titre très bien pensé, méticuleux, convaincant et dirigiste tout en laissant de quoi ralentir le mouvement en plus ou moins vaines recherches.
Cerise sur un gâteau déjà fort consistant pour peu que l’on dorme avec une poupée à l’effigie de George A. Romero sous le traversin, Left 4 Dead dispose d’un mode Versus où quatre survivants doivent résister aux habituels embûches tandis que quatre autres joueurs animent les zombies spéciaux. L’occasion d’enfin revêtir la tenue du chasseur, de mettre en pratique ces vicieuses et jouissives tactiques collectives observées chez l’ennemi et regarder la panique et la désorganisation conduire l’humanité à sa perte. On pourrait bien sûr se donner des airs drama queen pour hurler contre le fait qu’il ne concerne à ce jour que deux campagnes sur quatre. Il suffit pourtant de regarder le traitement réservé à Team Fortress 2, régulièrement agrémenté de nouveaux modes, de cartes inédites ou d’armes supplémentaires pour se dire que Left 4 Dead bénéficiera lui aussi d’un suivi de qualité (surtout qu’il a remporté en quelques semaines un plus grand succès que son prédécesseur sur le plan économique). En définitive, Valve vient d’ajouter un joyau à une couronne déjà bien garnie. Une réalisation soignée, un gameplay bien ficelé, de l’originalité, une durée de vie à rallonge : tout cela est disponible pour une petite cinquantaine d’euros sur la plate-forme Steam, qui se voit agrémentée au passage d’une fonctionnalité bien pratique, à savoir Steam Cloud, un service permettant de stocker en ligne ses configurations et sauvegardes. Sur ce, je vous laisse, Gabe Newell sonne à ma porte, je crois qu’il a tenu à m’amener en personne le chèque me récompensant de mon amour immodéré pour l’œuvre et les idéaux de son équipe. Pardon, je voulais bien sûr dire pour cette critique distanciée et mûrement réfléchie.

Le dentiste, une espèce en voie de disparition
Left 4 Dead (Valve) – 2008
Filed under: Game Other | 5 Comments
Tags: co-op, Electronic Arts, FPS, horreur, Left 4 Dead, multijoueur, Steam, Turtle Rock Studios, Valve, zombies
Ah bah justement, je me suis dit pas plus tard que ce matin que ça faisait bien longtemps que ton flux rss était resté silencieux !
Ne désespère pas, mieux vaut avoir peu de bons lecteurs que beaucoup de mauvais ^^
Enfin bref à part ça, moi, les jeux vidéo, tu sais bien…
Hey, si on ne manifeste pas, c’est peut-être parce que l’on est trop occupé avec la-dite bête, nous aussi !
Enfin ok, ce n’est pas mon cas, même si je suis à un micro-pouce de liliputien de craquer.
Je reste tout de même impressionné par la qualité générale des productions de Valve. Et j’espère bien qu’ils continueront encore très longtemps comme ça.
En passant, ça fait un moment que je me demande… Le père sifflard s’est finalement fait couper le sifflet ? On ne le voit plus du tout.
Ceci dit, le mod zombie de COD5 peut aussi faire mal à L4D … même si je suis convaincu que L4D (ou du moins le style de jeu “coopératif”) est le futur du jeu en ligne.
Salut Ricain et bienvenue.
Le mode de CoD 5 est à mon sens amusant mais beaucoup plus léger et répétitif, ça sent un peu le gadget de dernière minute pour ne pas trop se faire avaler par Left 4 Dead justement.
Mais il y a effectivement des chances qu’il trompe quelques personnes.