Eux, c’est le Goo

World of Goo
Plutôt que de vous servir un couplet prémâché (mais plein de bon sens) sur la vitalité de la création indépendante et ses atours de laboratoire, je vais entamer cette chronique vidéoludique par une invitation. Une invitation à vous rappeler cette époque bénie où, encore ignorants des règles de bienséance à suivre pour pouvoir prendre part à des cocktails mondains ou des orgies bourgeoises, vous usiez de votre index pour vous curer le nez et, tel de précoces Pygmalions, employiez votre récolte à l’assouvissement de vos précoces pulsions d’esthète. Allez, faites un effort quoi, d’autant que si comme moi vous gardez votre âme d’enfant dans une capsule accrochée autour de votre cou, vous ne devriez pas avoir besoin de remonter trop loin. C’est bon ? Et bien ce sont typiquement ces sensations que vous allez redécouvrir avec World of Goo.
Après relecture du paragraphe ci-dessus, rédigé hier entre deux décès de patients dans Grey’s Anatomy, je me dis qu’on a vu plus glamour comme accroche. Remarquez, si vous lisez ces mots, c’est qu’il vous ont assez intrigué pour vous donner envie de poursuivre. Ne prenons pas de risques, au cas où vous ayez atterri ici par hasard ou par réflexe, disons que le puzzle game du binôme 2D Boy pourrait être décomposé de la sorte : un gameplay aussi astucieux et inhabituel qu’il est élémentaire, une approche graphique cartoony et colorée à contre-courant du gros de la production (où technologie sous-entend souvent déficit de personnalité), des bruitages funky qui ne sont pas sans évoquer ceux de la franchise Worms et une ambiance musicale fantastique, digne des bandes-originales de Dany Elfman. Et si j’ajoute qu’en attendant sa sortie physique, sa version dématérialisée ne coûte qu’une petite vingtaine de dollars et qu’elle vous permettra d’entretenir vos méninges pendant une bonne dizaine d’heures, plus rien ne devrait vous retenir, hormis un banquier constipé, de foncer l’acheter sur le site officiel ou sur Greenhouse Interactive.
Par respect pour ses sympathiques créateurs, je vais toutefois vous en dire un peu plus. World of Goo vous propose d’aider de petits agrégats de slime, sortes de cousins épilés des boules de suie d’Hayao Miyazaki, à faire bon usage de leurs propriétés physiques afin de gagner le tuyau qui leur permettra de s’échapper de niveaux parsemés d’embuches. Le problème, c’est qu’à l’image de ces idiots de Lemmings, les dits agrégats sont incapables de se prendre en charge et se contentent de roupiller ou de parcourir dans tous les sens les structures auxquelles ils sont accrochés. A vous donc, de tenir compte de leur nature (certains sont réutilisables, d’autres explosifs…), de celle du terrain, des pièges qu’il abrite (précipices sans fond, pieux acérés, vent violent…) et de la gravitation. En effet, qu’il s’agisse de s’extirper du tube digestif d’une gigantesque bestiole, d’escalader une statue en mouvement ou de franchir un ravin, chaque niveau implique l’érection de structures aux équilibres précaires, les blobs possédant la capacité de s’assembler les uns aux autres, de se fixer à des parois ou encore à des ballons gonflés à l’hélium, bien utiles pour se prémunir d’une chute. De fait, aussi mignon et addictif soit-il, World of Goo n’est pas le genre de jeu que l’on appréhende avec un casque à bière et en ayant oublié son cerveau dans la boite à gants, la complexité allant évidemment crescendo au fil de la cinquantaine de niveaux proposée.
Fort heureusement, le talentueux duo à l’origine de ce titre est parvenu à concevoir un vrai challenge sans pour autant le rendre rébarbatif : bien que la marche à suivre finisse toujours par crever les yeux (c’est pour ça que je porte toujours un masque de soudeur quand mon sens de l’observation et ma réflexion sont requises), les plus impatients pourront sauter des étapes et y revenir ultérieurement tandis que les amateurs de maux de crânes et de récompenses ne manqueront pas de décrocher les Obsessive Completion Distinctions, obtenues en libérant un maximum de créatures, en ayant recours à un minimum d’actions ou en se magnant le train, selon les cas. Mais même sans cette carotte, World of Goo est de ces petites choses vers lesquelles on revient lorsque le besoin d’un fix de fantaisie se fait sentir, juste pour émettre un petit “oooh” baveux à la vue des yeux écarquillés de ces petits tas de slime manipulés contre leur gré, pour échapper à la monotonie d’un énième FPS guerrier en laissant libre cours à sa créativité, et pour se souvenir que les choses simples sont parfois les plus fascinantes. Concernant ce dernier point, vous pouvez aussi vous taper quelques saucisses Herta, mais leur goût ne se renouvelle pas autant que le gameplay et l’atmosphère de cette merveille.

Il n'a jamais été aussi agréable de se prendre un vent
World of Goo (2D Boy) – 2008
Filed under: Game Other | 4 Comments
Tags: 2D Boy, jeu video, PC, puzzle game, World of Goo
Ce jeu, c’est vraiment l’une des meilleures surprises de l’année avec Braid (sur le xbox live pour ce dernier).
Entre Audiosurf et World of Goo, deux grands jeux pour un petit prix. Que demander de plus ?
Je n’ai testé que la demo, et effectivement, voilà un titre qui met du baume au cœur à tous ceux qui en ont marre des clones ludiques bien foutus mais sans âmes qui sortent depuis des lustres. Une vrai prise de risque, servie par une identité esthétique dès plus sympa (pas trop guimauve, avec une touche légèrement dark). En fait, en me baladant un peu dans le monde de Goo, j’ai retrouvé le même plaisir de jeu que j’avais éprouvé aux époques respectives des Lemmings ou de Worms. Dommage, j’ai pas encore trouvé le temps de l’explorer plus en avant, mais ce n’est que partie remise.
Effectivement, un très bon jeu pour pas cher.
Le jeu devient assez hardcore vers la fin n’empêche, j’en chie comme un Russe.