Ce n’est pas sale

Svinkels - Dirty Centre
mp3 :: Svinkels – C’est des cons
Je m’en souviens comme si c’était hier : jeune métalleux obtus ascendant collier à pics, je découvrais les Svinkels en tête d’affiche d’une soirée alignant X-Syndicate (la guitariste m’avait d’ailleurs vaguement dragué il me semble), Kunamaka et Uncommonmenfrommars. A peine le groupe sur scène, ma réaction fut la suivante : “Qu’est-que c’est que c’est que ces beaufs qui baragouinent le bide en avant ?“. Heureusement, depuis, j’ai pris un peu de plomb dans la tête et ce pas seulement en participant à de violents gunfights au Salvador. Désormais en pleine possession de mes moyens, je suis donc en mesure de vous conseiller l’écoute du dernier album en date du groupe : Dirty Centre.
Et ce même si, durant les cinq années de gestation de cet opus, Stupeflip s’est imposé comme le standard du hip-hop barjot. La comparaison ne va pourtant pas bien loin : comme Stup Religion, Dirty Centre s’ouvre sur un ego-trip en forme de retour héroïque, Le Club de l’Apocalypse, dont les mélodies artistocrato-synthétiques changeraient en huile le sang bleu du premier nobliau égaré. Ensuite, les bonnes vieilles habitudes prennent le dessus. Langues bien pendues, beats comme des chutes de rhinocéros (empruntés au We Will Rock You de Queen) et feeling rock avec guitare qui “fait nanana“, Droit dans le mur est un cas d’école et ne laisse planer aucun doute quant aux intentions de cet effort : détourner la Sainte-Trinité sex drugs & rock’n'roll pour l’habiller aux couleurs du crunk et du dirty south. Mais en dépit d’une production mastoc à l’américaine, ce n’est pas sur ce terrain que les Svinkels font des étincelles, la faute à des textes qui commencent par endroits à sentir le réchauffé : apologie de la biture, hédonisme porno…
A la corbeille donc, La Youte, Ultra Festifs et Tout nu yo! (R’n'B parodique trop chargé pour être honnête) et place aux registres où Crunckenstein et consorts excellent, celui de la taloche qui fait siffler les oreilles et celui du prout qui fait rire la mâchoire en avant. Porte-étendard de la première catégorie, C’est des cons, tout en saccades synthétiques, est le faîte de Dirty Centre, un grand cri d’amour féroce et un portrait aussi fendard qu’acéré du public des musiques actuelles en général et du combo en particulier, ingrat, défoncé, collant, bas du front… Rien d’étonnant, quand on a fait des années durant son fond de commerce de titres de l’acabit de Du PQ (pour mon trou-trou), plaisir coupable tout en nervures cybernétiques qu’on se plaira à reprendre en chœur en concert, à condition d’avoir sous la main une cagoule, un vocoder et aucun amour propre. Entre les deux, Faites du bruit et ses bleeps 8-bits sont bons pour enflammer les stades de l’antique Nintendo World Cup. Mi-figue mi-raison donc, quand on kiffe les jeux vidéo mais pas les hymnes de supporters.
Par contre, s’il y a bien une piste qui donne envie de se faire un t-shirt “proud to be a redneck” et de défendre les couleurs de la franchouillardise, c’est celle du morceau éponyme. Ou comment donner au plus farouche des chasseurs de Jackys l’envie de se poser devant Pimp my Ride en astiquant un Glock, par le truchement d’un refrain aussi neuneu qu’inoubliable : “Elles sont belles, elles sont grosses. Quoi ? Mes jantes de voiture.” Dès lors, le constat est sans appel : dans leur catégorie, celles des poids très lourds, les Svinkels ne sont pas prêts de céder leur titre de champions.

"Moi vouloir être chat, wap bidou bidibou"
Svinkels – Dirty Centre (At(h)ome) – 2008
Filed under: Noisy Media | 9 Comments
Tags: At(h)ome, crunk, Dirty Centre, dirty south, disque, hip-hop, MUSIQUE, Svinkels
Mouais. Bah je dois pas encore être assez évoluée pour être capable d’apprécier. Je l’ai reçu en promo sans avoir rien demandé, je l’ai écouté à peine une demi-fois, je l’ai remis dans l’enveloppe et renvoyé à quelqu’un d’autre sans autre forme de procès.
Mais bien sûr il y en aura toujours pour dire que c’est moi qui suis coincée et étroite d’esprit, qu’il faut être “open”, faut pas se “prendre au sérieux”, “regardez comment moi j’ai pas peur de m’esclaffer sur des paroles à deux balles pipi-caca-et-consorts”, à croire qu’il faudrait se forcer à aimer ce genre de niaiseries sous peine de passer pour un rabat-joie bas de plafond, c’est tout de même un comble.
Heureusement, ma réputation de rabat-joie n’étant plus à faire, ça ne me pose aucun problème de dire que je déteste ^^
Après j’avoue ne pas avoir étudié les paroles dans le détail ni avoir cherché de message caché entre les lignes. En première approche c’est tellement rebutant que ça donne pas envie de s’y appesantir.
Bon et puis cette particularité mise à part, de toute façon musicalement c’est ab-so-lu-ment pas mon truc.
Voilààààààà.
C’est pas une question d’évolution, tu as bien le droit de ne pas être cliente de hip-hop en général et des Svinkels en particulier.
Tu m’as l’air tendue, tu t’es attrapée avec un fan du groupe ? ^^
Le truc de l’évolution, c’était pour faire écho à ton “Heureusement, depuis, j’ai pris un peu de plomb dans la tête” (que j’ai compris comme : avant j’étais un jeune crétin donc j’aimais pas, mais maintenant que je suis une grande personne je comprends à quel point c’est génial).
Pas spécialement tendue, non, mais j’avoue que ce genre de zic me crispe un peu ^^
Je vois. En fait le plomb dans la tête signifiait que maintenant, j’écoute autre chose que du metal vu qu’à l’époque, dès que j’ai su que c’était du hip-hop je suis parti sans demander mon reste.
Dragué par la guitariste de X Syndicate, je suis jaloux, c’est mon fantasme d’ado que tu as réalisé ^^
Pour le truc de l’évolution, je comprends parfaitement vu que j’étais dans la même dynamique, avec punk-grunge à la place de metal comme genre délimité et restrictif.
Je me serai pas imaginé alors écouter plus tard du trip hop, de la chanson française (j’entends par là ferré, brel, pas bénabar, hein ^^) et du carl orff.
La vie est une longue route qui mène au pluralisme et à l’ouverture d’esprit… Ou à l’embourgeoisement, c’est selon le point vue ^^
Drôle de pseudo, drôle d’avatar, et drôle de fantasme.
Mais au moins tu me comprends.
^^
En tout cas pour les fans, ce dernier album doit bien donner donner sur scène, j’entends déjà crier ELLES SONT BELLES, ELLES SONT GROSSES § QUOI ?§ MES JANTES DE VOITURES !