Not worth every penny

Penny Arcade Adventures - Episode 1
Au risque de passer pour le dernier des ignares, je me dois de confesser que je n’ai jamais été un lecteur assidu de Penny Arcade, webcomic pour geeks qui a fait de Jerry Holkins et Mike Krahulik des hommes riches et célèbres. Manque de temps, d’intérêt pour la lecture sur écran, résistance farouche aux modes (mais bien sûr), peu importe, toujours est-il que cela ne m’a pas empêché de guetter d’un œil curieux le premier épisode de l’adaptation vidéoludique du dit webcomic : On the Rain-Slick Precipice of Darkness.
Malheureusement, autant casser le suspens d’emblée, celui-ci n’a pas su attiser les petites flammèches qu’ont allumé dans mes yeux les artworks précédant sa sortie et la joliesse du site de Greenhouse Interactive, le portail de distribution numérique de jeux indé imaginé par Holkins et Krahulik. Inauguré par Penny Arcade Adventures, celui-ci est d’ailleurs bien vide et moins fonctionnel qu’un Steam ou un Impulse (où le jeu est distribué également), puisqu’il ne s’agit que d’un bête site web centralisant des achats, comme celui de Telltale. Mais revenons plutôt au jeu, lequel propose au fan transi de filer un coup de main à Tycho et Gabe dans la traque d’un robot géant. Tycho l’ésotérique farfelu et Gabe le bagarreur concon étant à la tête d’une agence spécialisée dans le surnaturel. La raison scénaristique de cette alliance est pour sa part bête comme chou : la fieffée boite de conserve géante a écrasé la baraque de votre avatar pendant que celui-ci, personnalisé par vos soins, rassemblait tranquillement des feuilles mortes. Elle mérite donc une bonne correction.
Puisque je parle des fans, autant commencer par ce qui devrait leur plaire : tout, normal, ce sont des fans. Blague à part, sur le plan graphique pour commencer, On the Rain-Slick trucmuche fait son petit effet, les gars d’Hothead Games ayant agréablement retranscrit la patte du matériel d’origine, colorée et cartoony, en optant pour une petite 3D en cel-shading. Oh rien d’extraordinaire non plus, loin s’en faut, les décors manquant par ailleurs de variété. Mais quand même, en dépit de sa technique limitée, le jeu bénéficie d’un certain cachet, renforcé par la présence de cut-scenes façon bande-dessinée animée. Dans le même ordre d’idée, le détenteur d’un t-shirt “Jesus is f’cking metal” ne sera pas dépaysé par les conversations crétines, les personnages zarbis et le scénario et l’univers déjantés qui caractérisent cette première fournée : robots qui ne peuvent résister au sex-appeal d’une orange (les bien-nommés Fruit Fuckers), mimes que l’on peut piéger dans des boites invisibles, quête à accomplir pour un urinologue (un scientifique pouilleux qui pisse sur tout et n’importe quoi pour voir ce que cela donne), massacre de clochards à coups de râteau, lesquels infligent des dégâts grâce à une pancarte “Will deal damage for food“…
A vrai dire, c’est bien cette fidélité et cet humour régressif, combinés aux achievements attrape-couillons de la mouture Steam (artworks planqués dans le décor, expérience à engranger et autres futilités) qui m’ont tenu en haleine pendant les six petites heures de cette épopée. Car question gameplay, Penny Arcade Adventures n’offre rien de bien consistant. A cheval entre le jeu de rôle à la japonaise (combats répétitifs à base de jauges d’initiative qui se remplissent) et le point & click ultra-basique, il ne soumet aucun véritable challenge. Ni au niveau de l’exploration, fondée sur des quêtes tristement dirigistes et saupoudrée de démolition de poubelles en boucle (un marchand était si compliqué à programmer ?), ni du côté des affrontements, trop simples (attaque, attaque spéciale à optimiser grâce à un mini-jeu pénible ou inventaire) et à peine dynamisés par une des rares bonnes idées sur ce plan : la possibilité de bloquer ou contre-attaquer en appuyant au bon moment sur la touche Espace. Autant dire que cela ne pèse pas lourd sur la balance.
En clair, à tout de même 20 dollars la bête, difficile de la conseiller au tout venant des joueurs. Alors oui, bien que top référencé et techniquement/mécaniquement bien en-dessous de ce que le regard caustique du binôme promettait, Penny Arcade m’a fait passé quelques heures sympathiques. Pourtant, il m’invite surtout à regarder d’un autre œil les productions du duo : s’il avait été produit par quelqu’un d’autre, celui-ci l’aurait sans doute carbonisé à l’aide d’une nièce adepte du lance-flammes.

"Bizarre le nouveau Asimo"
Penny Arcade Adventures – On the Rain-Slick Precipice of Darkness (Hothead Games) – 2008
Filed under: Game Other | 1 Comment
Tags: aventure, Greenhouse Interactive, Hothead Games, jeu video, On the Rain-Slick Precipice of Darkness, Penny Arcade, RPG
J’ai déjà entendu cet argument selon lequel ils auraient descendu en flamme un tel jeu.
Je pense pour ma part qu’ils ne s’y seraient absolument pas intéressé. Ce jeu est un produit pour nombreux fans, 10 euros trop cher, sans autre prétention imo, ou alors ils sont idiots.