Western sous la neige

The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford
Je suis venu au western sur le tard, en tombant en pâmoison devant Clint Eastwood et son poncho. Depuis, comme je l’ai signalé dans mon billet sur There Will Be Blood, je pose des yeux baignés de salive sur les grands espaces, américains de préférence, et sur leurs icônes aux six-coups bavards et/ou aux personnalités bien trempées, qu’elles soient de chair ou de fiction. Un bon point de départ pour The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, deuxième film d’Andrew Dominik.
Adapté du roman de Ron Hansen, celui-ci dépeint la chute de Jesse James, bandit chic et brutal qui fut trahi par le dénommé Robert Ford, un gamin aussi rusé que mal assuré qu’il avait pris sous son aile. Dans le rôle du charismatique et troublé ennemi public, Brad Pitt, acteur impérial qui aurait rendu Casanova homosexuel et campe cet insaisissable dandy meurtrier avec la classe et le professionnalisme qu’on lui connait (ceux de Fight Club, des Ocean’s ou de Twelve Monkeys). Dans celui du gamin aux dents qui rayent le parquet, dont le machiavélisme se planque derrière un débit de benêt du village, Casey Affleck, qui met une fois de plus la honte à son frère Ben.
Et entre les deux, une pléiade de fripouilles qui ne cèdent pas leur place, du séducteur invétéré au poltron fidèle, le film sortant des sentiers battus du genre (les gunfights et l’odeur de poudre, l’humour spaghetti…) pour se concentrer sur les personnages et l’atmosphère. Rassurons les amateurs de virilité, il y a bien quelques détonations et trous de balles (sic), mais ils ne sont que la partie visible de l’iceberg. Dominik a ainsi privilégié, grand bien lui en a pris, la psychologie aux duels au couchant et une mise en images qui relèverait presque plus de la poésie que de la photographie : champs de blé solaires, bourgades poussiéreuses méticuleusement reconstituées, sous-bois enneigés où les cadavres ont tôt fait de ressembler à des dépouilles de Schtroumpfs… De quoi donner envie au plus manchot des bricoleurs (moi par exemple) de fabriquer sa propre machine à remonter le temps pour aller débusquer ce discret souffle épique, s’abandonner au rythme dilaté et goûter le silence (si l’on omet la B.O. crépusculaire signée Nick Cave et Warren Ellis) d’une époque fascinante, pourtant ici largement démythifiée. De toute façon, dès l’affiche, ça sentait le chef d’œuvre.

Malicieux, Robert a remplacé le sucre par du sel de Camargue
The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford – Andrew Dominik (Warner Bros Pictures / Jesse Films Inc. / Scott Free Productions / Plan B Entertainment / Alberta Film Entertainment / Virtual Studios) – 2007
Filed under: Chic Flicks | 9 Comments
Tags: Andrew Dominik, Brad Pitt, Casey Affleck, CINEMA, film, Nick Cave, The Assassination of Jesse James, Warren Ellis, western
Rah, j’aurais bien aimé voir ce film… mais je l’ai pas vu :( Et je suis d’accord, l’affiche est fantastique.
Sinon, sans beaucoup de rapport, mais j’aime raconter ma vie : j’ai rerererevu Mon Nom est personne ce week-end et c’était encore mieux que dans mes souvenirs !
Tiens demain, normalement je parle d’un disque qui devrait te plaire.
Aaaah ! Ce film est sublime, j’ai très envie de le revoir mais je me retiens encore, laissant ainsi jouer la douce amnésie du cerveau humain.
Je ne savais pas à quoi m’attendre.
Un imbécile m’avait dit qu’il l’avait trouvé long et lent, ce qui était plutôt bon signe venant d’un imbécile.
Et j’ai vraiment trop kiffé.
Du début à la fin qui s’éternise avec délice à tel point qu’on en perd nos repères: quand le film se termine-t-il? Est-on parvenu au bout de l’histoire? Au début?
J’adore quand je ne peux plus prédire l’arrivée du générique, c’est tellement plus fort que cette molle pente douce des fins de film traditionnels.
Encore faut-il évidemment que ce soit fait avec talent, suivez mon regard… *cough* *coughlordofthering* *cough*.
Alors voilà, je suis tout à fait d’accord avec toi, Zdenek:
Affleck est vraiment génial d’ambiguïté dans ce rôle de Ford: on le hait, on le prend en pitié, on admire son machiavélisme et puis… bin je sais pas pour les autres mais moi je l’ai franchement aimé, ce fou.
Quant à Jessie James le fonctionnement est inversé, on commence par l’aimer et l’admirer avant d’en percevoir le pathétique et la cruauté. Brad Pitt confirme qu’il est bien un excellent comédien.
Il faut le voir avec cet énorme manteau de fourrure !
Ces deux personnages sont admirablement brossés et leur complexité psychologique dans cet univers brut et violent est un joli miroir d’abîme offrant un reflet infiniment plus réel aux belles fictions de Sergio Leone.
Non mais ça va oh, si tu continues à poster des commentaires intéressants, je vais devoir te laisser ma place.
J’ai ressenti exactement la même chose au niveau de la durée. Pareil sur There Will Be Blood. J’aime bien être surpris dans ce sens moi aussi.
Bien bel article pour un superbe film dont, tu me le rappelles, je dois aussi tirer un billet. Par contre y’a une ‘tite erreur : ce n’est pas le premier film d’Andrew Dominik.
Je n’ai pas eu l’occasion de voir There Will Be Blood, il faudra que je répare cette erreur le moment venu, mais ce ne sera malheureusement pas sur grand écran.
Quant aux commentaires leur style brouillon n’atteint pas l’orteil du tient, tu le vois bien – et ce n’est pas là de la flagornerie, juste une remarque.
@Bergil : merci du compliment et de la précision, je ne sais pas où je suis allé chercher ça.
@Velgos: merci du compliment aussi, mais je persiste.
bon j’ai honte de le dire je l’ai pas vu
par contre je conseille fortement la bande originale de Nick Cave et son compere Warren Ellis, une tres tres belle BO
Très juste, j’ai oublié de mentionner la BO. Honteux.