Chair journal

Diary of the Dead
Ça alors, en quelques mois ce ne sont pas moins de trois films qui ont opté pour la vue subjective : Cloverfield, [Rec] et maintenant Diary of the Dead, du maitre des zombies en personne, George A. Romero. Se pourrait-il que le cinéma en général et fantastique en particulier, soit le reflet de son époque et, dans ce cas, de la miniaturisation et de la démocratisation de la vidéo ? Ouhlala vaste question. Mais comme L’Ombre du Z. n’est qu’un blog, un espace où on donne un avis dont tout le monde (à raison) se contrefiche, ne comptez pas sur moi pour développer. Je vais plutôt me contenter de vous expliquer pourquoi Diary of the Dead, bien meilleur que Land of the Dead, mérite le coup d’œil.
En fait, c’est peu ou prou pour les mêmes raisons qui m’ont rendu [Rec] sympathique, avec en tête de liste le dispositif choisi. Très (trop même) didactique, Romero passant en revue tout l’arsenal à sa disposition (téléphone portable, télévision, caméscope numérique, MySpace…), celui-ci permet évidemment de donner de la consistance aux personnages et aux évènements surnaturels décrits (des morts qui se relèvent, ont la dalle et vont croiser une bande de djeuns en plein tournage de film d’horreur amateur). Ce qui, chez le réalisateur, signifie à la fois une hausse de la tension et du froussomètre (caméra à l’épaule, nerveuse) et une nouvelle façon d’illustrer son dicton favori : l’homme est un loup pour l’homme. Un loup qui ne pense qu’à sa propre survie, à son profit (les pillages, comme pour l’ouragan Katrina) et assouvit ses appétits voyeuristes sous couvert d’information, nos buffets sur pattes préférant filmer leurs potes en lutte contre les affamés plutôt que de leur porter secours.
Un tiers critique sociale, un tiers passage de flambeau, un tiers leçon de maquillage gore (les amateurs de bidoche devraient y trouver leur compte, les revenants retournant au grand sommeil à coup de faux, de flingues, d’arc, de sismothérapie de la tête, d’acide…), Diary of the Dead est malheureusement très largement perfectible. Au niveau de son rythme, aléatoire au possible, de sa narration, terriblement décousue, et de son jeune casting, pas franchement inoubliable. Mais bon, on va pas chipoter hein, quand un bon film de zombies montre le bout de sa pellicule, on l’accueille avec le sourire. Surtout s’il est signé du nom du rénovateur du genre.

People avant l'heure, Toutânkhamon avait une sainte horreur des paparazzis
Diary of the Dead – George A. Romero (Artfire Films / Romero-Grunwald Productions) – 2007
Filed under: Chic Flicks | 18 Comments
Tags: CINEMA, Diary of the Dead, film, George A. Romero, zombies
Rho, mais non, mais non, tout le monde ne s’en fout pas de ton avis.
Par contre si tu pouvais le donner sur autre chose que toujours des films ou des jeux vidéo, hein, on pourrait peut-être un peu plus en dire quelque chose !
Oh oh oh, tu remarqueras qu’avec 15 articles, la rubrique musicale est la plus fournie.
Je confirme, il est bien ce film !
n’empêche, histoire de faire mon rabat joie… euh Romero à part les zombies, il a d’autres plans?
Et bien, il en a eu quelques autres (comme Martin), mais il semble plus à l’aise dans ce registre qui lui colle à la peau (ou dont il refuse de se décoller).
C’est amusant de voir comment les films d’horreurs cherchent à être le plus réaliste possible avec cette caméra à l’épaule. Je n’ai pas vu Rec et Cloverfield, mais on sent bien que certains réalisateurs espèrent rendre leur public plus sensible à l’horreur par le biais de ce procédé.
Perso ce qui me gêne, c’est que les films “docus” (je pense par exemple à Blairwitch), donnent moins de liberté qu’un “vrai” film (mise en scène réduite, jeu avec la caméra limité, etc). Les réalisateurs se privent de beaucoup de choses pour un résultat qui finalement aurait peut-être été + convaincant filmé de manière “classique”.
Il faudrait que je vois Rec et Cloverfield pour voir comment le genre a évolué depuis Blairwitch.
C’est pas faux, mais si tu as l’occasion de les voir, tu devrais remarquer que [Rec] et Cloverfield sont à des lieues de Blair Witch, bien plus modernes et mieux dotés niveau moyens.
Je n’ai pas encore vu [Rec] car j’ai un peu les foies mais Cloverfield m’a très agréablement surpris.
Le système du point de vue subjectif permettait plus – à mon sens – que simplement rapprocher le spectateur de l’horreur: avec une intro très longue et peu d’explications sur les évènements, l’immersion était vraiment au rendez-vous avec ce que ça comporte de rapport à la frousse, d’attachement aux personnages – vous savez, ce genre d’attachement qui se créer rapidement et sur rien d’autre qu’un rapport humain basique, lorsqu’on se retrouve entre inconnus dans une situation un poil critique – et de rapport aux évènements.
Le succès de ce film à mon égard est que je n’ai absolument pas senti le temps passé, j’ai été réellement surpris de voir la fin survenir. Le fait aussi que je ne me sois pas creusé les méninges: il se passait des choses incompréhensibles, et je ne cherchais pas à comprendre, je cherchais juste à voir les personnages sortir de cette merde.
Le film n’est pourtant pas exempt de défaut, ne serait-ce que son côté teenage-étudiants assez relou, perso je m’identifie pas du tout à une bande d’étudiants new-yorkais.
J’ai entendu parler d’un second numéro racontant le même évènement mais d’un autre point de vue. J’ai bon espoir que ce soit celui de personnages un peu plus intéressants.
Voilà, désolé pour le HS, Zdenek.
On me conseille [Rec] sinon? :p
[Rec] repose exactement sur le procédé que tu décris pour Cloverfield : ça démarre doucement, avec une journaleuse en plein reportage plan-plan sur une caserne de pompiers, et ça monte crescendo. Ensuite, une fois que la tension éclate, ça retombe plus jusqu’à la fin.
Donc oui je te le conseille :
http://ombreduz.wordpress.com/2008/05/01/fonds-decran-recless/
Hmmm, tout ça me donne furieusement envie.
Je ne saurais pas dire pourquoi j’ai une telle fringale de bons films d’épouvante, moi qui ait toujours fuis le genre n’y trouvant aucun intérêt et un inconvénient majeur: la frousse.
Peut-être que j’entame finalement, à 26 ans, mon adolescence…
Reste que je ne comprends pas pourquoi tu dis que [Rec] donne envie de mordre son clavier…
Ou plutôt si, je crois deviner :O
Qu’un mec aux jeux de mots si alambiqués ait la frousse, c’est peu commun.
C’est plutôt toi qui devrait faire peur.
Sais-tu, depuis qu’une petite amie a joué devant moi la fameuse scène de l’humaine (1600mm) escaladant un tabouret avec force hurlements devant une araignée (0,02m) tétanisée par une telle débauche de vibrations – scène que je croyais pourtant cantonnée à l’imagination populaire – je pense pouvoir affirmer que la frousse est un sentiment particulièrement porté à la réciprocité.
[® REC]
(copie du forum CPC)
Bouuuuh la vilaine déception!
Bon déjà diclaimons: je n’ai pas eu d’autre choix que de me taper la VF. Alors tapi-tapons dès maintenant dessus: elle suce des balles.
Déjà j’aime pas spécialement les VF, et d’autant plus quand la frontière entre fiction et réalité est amoindrie: reportages, caméra subjectives…
Mais autant sur Cloverfield ça passait franchement pas trop mal, autant là elle est immonde. La gonzesse a une voix stridente insupportable et – le parti pris psychologique étant l’hystérie, mais j’y reviendrai – je voyais tout le long du film la bande d’acteur français derrière leurs micro en train de feindre péniblement une crise de panique d’1h30 à grand renfort de surjeu. Pas top du tout.
Pas top d’autant que le jeu des comédien m’avait l’air très honnête, notamment celui de l’héroïne que je trouvais juste et agréable. Enfin au début quoi, avant qu’elle s’énerve ad vitam.
Bref. Pourquoi déçus?
Ce qui m’intéresse dans un film d’épouvante ou de zombis, c’est essentiellement l’aspect psychologique.
J’aime aimer ces petits humains, me sentir proche d’eux de la même manière qu’ils se rapprochent les uns les autres dans la détresse.
Ce qui est projeté au public l’invisible ou le monstrueux, la perte de repères et la disparition de la toute puissance humaine sur la nature, le retour à un état sauvage où il ne peut plus compter que sur ses muscles et son cerveau, toute cette panique qui est transmise au spectateur et qui le place dans un état de fébrilité, les sensations à fleur de peau, renforcent l’empathie vis à vis des personnages. Dès lors, le moindre moment d’amitié, d’amour, de tristesse, de lassitude… bref tout est exacerbé en comparaison avec un film dont la situation des personnages (historique, géographique, sociale), mise en relief avec celle du spectateur, relativise tout ce qui lui arrive.
Là quand le personnage sursaute, le spectateur aussi. Quand il est perdu, quand il ne sait pas, le spectateur en sait rarement plus. Ainsi se créer un lien psychologique intéressant.
Ici de psychologie il n’y avait point.
A aucun moment, pour commencer – et [U][B]attention ça va spoiler un peu[/B][/U] – je n’ai cru qu’ils pourraient s’en sortir. Comment être alors tenu en haleine, comment s’accrocher à du bétail condamné? Aucune porte de sortie, aucun espoir, aucune progression.
Ensuite – et [U][B]c’est bon, là ça spoil plus[/B][/U] – ce que je considère comme les deux héros, la journaliste et le cameraman, sont pratiquement super passifs: ils subissent tout du long, aucune catharsis n’est possible avec ces poulets sans tête qui courent dans tous les sens sans but. Muscles, cerveaux? A part le pompier qui se bastonne un peu, les reste du troupeau semble ne connaître de ses mucles que les jambes et de son cerveau que la case PANIQUE.
Mention spéciale pour le caméraman qui trouve tout à coup sa langue à la moitié du film et dès lors se met à déblatérer: bin oui, il faut bien quelqu’un pour donner la réplique à la journaliste quand tout le monde disparait. Mais il n’a aucune personnalité, aucune âme, il n’est pas humain: ses réactions, ses mots ne le sont pas.
Rien de comparable avec le cameraman de Cloverfield par exemple qui existe avec ses peurs, son courage, ses sentiments, et sa gueule que l’on peut voir.
Pablo lui n’est qui oeil.
Et pour terminer sur le comportement des personnages, la scène “d’explication” dans le grenier à la fin du film est juste ridicule.
“HAAAN HAAAN Ils sont pleins de zombis derrière la porte PUTAIN JAY PEURE HAAAN mais qu’est-ce que c’est? QU’EST-CE QUE C’EST?? UN MAGNETOPHONE QUI DOIT SUREMENT TOUT EXPLIQUER oh mon dieu j’ai peur mais j’ai super envie d’écouter une bande audio et de feuilleter un carnet sur des expériences absconses !”
Trop joué aux jeux vidéo où l’ont se permet de se taper la lecture d’un manuel de fabrication de mutant en plein laboratoire infesté.
Mais la [PAUSE] dans un film, ça fait trop louche quoi.
Bref, tout ça n’est pas très subtil et surtout, impardonnable pour le genre à mes yeux, les personnages ne sont pas humains.
Dernier exemple: un type se zombifie derrière une grille devant vos yeux. Réflexe humain face à tout danger: on s’éloigne. Bin non, là ils tapent la discut’ devant, juste a portée de bras dis donc!
Au final c’est la même scène qui est répétée ad nauseam: hystérie – personne normale – hystérie – personne zombifiée – hystérie – calme – surprise (que des classiques: lumière qui se rallume/travelling circulaire/personnage calme -> gros plan monstrueux) – hystérie etc etc.
Par ailleurs la caméra est vraiment intéressante, c’est pas filmé n’importe comment, y’a vraiment de très très chouettes plans avec une vraie esthétique. De même les effets sonores font mouche.
Pourtant c’est peine perdu tant on sent que le film est uniquement tourné autour d’eux (- “Tiens coco, ce serait bien qu’ils redescendent à un moment pour voir la gonzesse zombie qui est restée attachée, ça ferait un super plan !” – “Awai kiki, t’as raison. Bon on a qu’à dire que soudain ils ont [UNE RAISON BIDON]“) et que le sens passe allègrement à la trappe.
Pour finir sur une comparaison j’ai adoré Cloverfield. Je m’étais attaché aux personnages, je suivais leur cheminement psychologique: panique, espoir, amitié, love, fascination. La toute-puissance des forces de l’ordre était beaucoup plus forte, le rythme était varié de manière moins artificielle et ils progressaient bordel! C’était pas du sur-place d’1h30.
Donc voilà, à mon sens il est raté et c’est gâché. Maintenant j’ai conscience de ne pas savoir apprécier un pur défouloir sans fond ni cohérence.
Et comme sur le thread où je descendais Crysis quant à son univers de chie j’ai eu le droit à la remarque “c’est que t’aime pas les fps”, je préviens: des films de zombis bien pensés j’en ai vu et j’ai adoré, des films d’épouvante qui me font ressentir une explosion de sensations j’en ai vu et j’ai adoré.
Je m’en vais de ce pas poster cette critique sur un billet de ce nabot au rabais de Rabot qui me l’avait conseillé !
Bisous, bien entendu, n’oubliez pas que je vous aime vraiment.
J’imagine que tu parles de [Rec] ?
Je n’ai pas le temps de répondre correctement ce soir (déménagement, tout ça), mais merci de cet avis… copieux.
Ouais copieux et lourd, désolé, j’ai fait un copié collé sauvage de CPC (j’ai honte, j’aurais pu couper la fin…) mais je pensais à ce billet en l’écrivant.
Après c’est une review déçue mais ne te force pas à répondre.
Je veux dire, j’écris comme je parle et je parle beaucoup.
Je sais bien que je réduis par là même le lectorat (zappons zappons !) mais tant pis, je ne supporte pas de ne pas bien expliquer un avis négatif quand il s’agit malgré tout de trucs que je respecte tant il m’est impossible d’en faire autant.
Les phrases lapidaires et la critique qui mousser l’auteur étalant son humour destructeur, très peu pour moi.
C’était pas un reproche. Je le soulignais juste parce que c’est pas souvent, il me semble, qu’on trouve des commentaires si élaborés sur un blog.
Mais j’adore ça, encore encore, même si tu me traites de nabot.
C’était pour la phase et le jeu de mot :)