On choisit pas sa famille

Michel Jeanneret - Familles, genres et espèces
mp3 :: Michel Jeanneret – Maudite bite
Je n’ai jamais été un très grand supporter de ce qu’on appelle bizarrement la chanson française. Pourtant, j’y ai pas mal de chouchous : Georges Brassens, le Renaud pré-blondasse, Thomas Fersen, Mano Solo, Renan Luce, les premiers disques de La Tordue, Christophe Maé (oh ça va c’est une blague), Franck Monnet, Emily Loizeau, François Cobier (non ce n’est pas une blague), Tante Hortense, ou encore les Têtes Raides et , depuis hier, Michel Jeanneret. Mais qui c’est ce mec ? L’oncle d’une amie, qui totalise à peine 50 amis sur MySpace. Peu de chances de tomber sur lui par hasard donc.
Ce qui est bien dommage, au regard de l’originalité de la musique de Michou, qui a été biberonné à l’americana de Bob Dylan, Leonard Cohen et du toqué Tom Waits (qui gagne un hommage avec La Chanson de Tom Waits, bravo à lui) plutôt qu’aux rengaines poussiéreuses de Sardou et Aznavour. En combinant cet héritage à une langue de Molière aussi bien dressée qu’un chien élevé à coups de pelle, le sieur Jeanneret a obtenu un mélange détonnant, lequel culmine sur Maudite bite, blues déglingué grivois qui voit Gary Lucas et Arno (un autre chouchou, mais légèrement belge) se comparer le chibre. Ailleurs, Michel Jeanneret peut être appréhendé comme un curieux crossover entre La Position du Tireur Couché et Bell Œil (la guitare surf des premiers et la lubricité du second, sur Au Temps pourri), quand il ne rappelle pas tout simplement le trublion Fersen, pour la voix rocheuse et certains souffles courts.
Est-ce à dire que Michel n’est qu’un imitateur de haut niveau ? Quand même pas, surtout que qui insulte l’oncle d’une amie finit avec une barre à mine entre les deux oreilles. Car un simple as du déguisement ne serait pas capable d’être également à l’aise pour rythmer au banjo le portrait d’un raciste finissant en charpie dans son propre piège (L’Albert Lampoul), de faire sprinter cuivres et percussions pour étaler d’un sourire carnassier sa méchanceté (Méchant), de danser une valse crépusculaire avec une tante littéralement castratrice (La Tata Monique et sa scie musicale) ou de vous faire trembler le menton, ou peu s’en faut, avec une ballade folk tricolore (Les Bras du vieux singe, et mes confuses pour le synonyme un brin nationaliste de “français“). Bref, un bien beau disque pour une critique pleine de liens, probablement très mal distribué et dont personne ne va parler (sauf moi, parce que je suis aussi fort que Sylvester Stallone dans Over the Top) et qui appelle deux questions finales : est-ce que son prédécesseur est aussi bien et peut-on grandir sainement avec un oncle si frappadingue ?

"Quand te reverrai-je, pays merveilleux ?"
Michel Jeanneret – Familles, genres et espèces (Autoproduction) – 2007
Filed under: Noisy Media | 6 Comments
Tags: blues, chanson, disque, Familles genres et especes, folk, Michel Jeanneret, MUSIQUE
ça a l’air très bon.
Trop bon pour être plus largement diffusé ^^
Bah alors, c’est quoi ce pseudo ?
J’ai mis le lien MySpace au début de la critique si tu veux écouter.
Maudite bite ? rien que le titre est géni(t)al §
:ninja:
bon j’écoute ça , ça m’intrigue.
Ravi d’avoir piqué ta curiosité.
Reviens me dire ce que t’en penses quand tu seras en mesure de le faire.
Et bien, après une écoute de tous les morceaux du myspace j’aime bien, ça sonne bien, une jolie voix , des textes agréables à écouter. Et ça donne dans de l’humour tout en finesse.
En tout cas je connaissais pas du tout.
Doublement ravi alors.
Sans distribution et sans site officiel, il faut vraiment être à l’affut pour connaitre. Ou connaitre sa nièce.