Negation

Negation

En dépit d’un univers partagé relativement original, CrossGen Comics n’a pas fait long feu. Pour ma part, je ne l’ai pas franchement aidé à brûler plus longtemps, ne m’étant intéressé que tardivement à Crux et Negation, titres interconnectés et, malheureusement, inachevés. Évidemment, la banqueroute de l’éditeur a aussi touché les volumes reliés, rapidement interrompus, me laissant seul avec mon désespoir et malade, complètement malade. C’était sans compter sur Checker Book Publishing, qui a entamé l’an passé la publication de ces recueils perdus, me donnant au passage l’occasion de vous causer de tout ça. Commençons donc avec la science-fiction super-héroïque de Negation.

Le pitch, qui ne tient pas dans la poche : de nombreuses personnes se réveillent dans un environnement qui leur est inconnu. Toutes sont originaires de planètes différentes et n’ont pas la moindre idée de ce qu’elles fichent là et aucun souvenir de leur enlèvement. Tout ce qu’elles savent, c’est que certaines d’entre elles portent un Sigil, une marque leur conférant un pouvoir particulier (guérison et amplification du talent d’un autre, anticiper les actions d’un adversaire, voir le passé pour être capable d’utiliser n’importe quelle technologie), qu’elles semblent être les cobayes de tests mortels, et que régulièrement, un “nightwall” s’abat sur elles, les condamnant à un sommeil forcé tandis qu’un compagnon d’infortune disparait à jamais. Rapidement, grâce à la ruse et la ténacité d’Obregon Kaine, un simple humain, et au pouvoirs dévastateurs d’Evinlea, une représentante des “First” (les dieux qui ont créé l’univers), ils vont découvrir qu’ils sont les prisonniers de l’empire de la Negation. Un empire qui règne sans partage sur un univers différent du leur en imposant par la force les volontés de son leader, Charon, être à l’insatiable curiosité qui entend imposer l’ordre partout où il le peut.

Vous devinez la suite, les détenus vont tenter de s’échapper et de regagner leurs  lointaines contrées. Ce que vous ne savez pas par contre, c’est que dans la tambouille, il y a des poncifs attendus du genre (peuple marchand, refuge de criminels de l’espace, armes laser et combinaisons, portails, vaisseaux divers et variés…), mais aussi pas mal de trouvailles : des Atlantes (on en reparlera avec Crux), une armada d’Australiens en colère, un bébé mystérieusement indestructible, une planète-prison dont les habitants ont pour loisir de génocider l’espèce de ceux qui y échouent… Un sacré bazar, qui fait de Negation une drôle de série, un peu too much et parfois grotesque mais fort bien ficelée, qui aligne gags potaches (comme les expérimentations ubuesques sur le fameux bébé), énigmes en tous genres et bastons décomplexées du slip, sur terre ou en l’air, comme les filles de Kyattsu Ai (Cat’s Eye).

Et le pire, ou plutôt le mieux, c’est que la machine fonctionne à plein régime : les scènes d’action en mettent plein la rétine (à ce titre, le dessin de Paul Pelletier, occasionnellement remplacé par un fill-in, nécessite presque le port d’une paire de Ray-Ban), les énigmes donnent envie de manifester avec une banderole “On veut des réponses !” (il le faudra bien, puisque la mini-série Negation War, qui devait boucler le tout, a été sabordée) et la richesse du background devrait satisfaire l’amateur de space opera. D’autant qu’à la narration, Tony Bedard ne manque pas d’idées, celui-ci cassant régulièrement la routine au profit d’un épisode sous forme d’un interrogatoire mensonger ou d’un rapport militaire, entre autres variations. Negation est donc une très bonne petite prod, spectaculaire et rythmée, injustement sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. Et par votre faute, salauds !

Negation - Extrait

Une vision très personnelle du Green Hornet



Negation (CrossGen Comics) – 2002-2004



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