Ez3kiel - Battlefield

Ez3kiel - Battlefield

mp3 :: Ez3kiel – Volfoni’s Revenge

Quand il écrit, le rock critic (pigiste, blogger, peu importe) aime fabriquer des cases et coller des petites étiquettes dessus. Il faut avouer que, en dépit d’échanges rhétoriques sans fin (car le post-indus wabalou n’a rien à voir avec le post-indus yabadou), le procédé est fichtrement pratique. Sauf quand il devient encombrant, comme dans le cas d’Ez3kiel, que l’on a tendance à définir par cette égalité : Jarring Effects = High Tone = electro dub. Ce qui est valable si l’on n’a pas écouté les travaux du groupe depuis… pfiou, un bail. Du projet multimédia Naphtaline ou Versus Tour en compagnie des expérimentateurs organiques de DAAU (présents sur cet opus), les Tourangeaux n’ont en effet jamais été aussi inclassables, et ce n’est pas ce Battlefield crépusculaire et hétéroclite qui me contredira…

… déjà parce qu’un disque ne parle pas, mais surtout parce que là où Naphtaline pouvait s’assimiler à la bande-son idéale pour une après-midi tranquille aux Champs Elysées, Battlefield semble avoir été forgé dans les flammes du Tartare : les cuivres apocalyptiques et la basse lourde d’Adamantium, le chant dents serrés (signé du frontman de Narrow Terence), la distorsion rampante, les choeurs cultistes et le fracas post-hardcore de Volfoni’s Revenge (qui répond au Volfoni de Naphtaline), la minute vingt de furie electrico-numérique de Firedamp, les riffs métalliques et la rythmique industrielle de Break or Die… Qu’il s’agisse de rock bombardier, d’électronique post-bug de l’an 2000 (mettons qu’il a eu lieu) ou de fumerolles dub qui remontent des impacts, Ez3kiel parvient donc une nouvelle fois à renouveler son arsenal, évoquant tour à tour Neurosis ou Nine Inch Nails, pour ne citer que les spectres les plus surprenants.

Tout ceci sans se départir de son savoir-faire en matière de nuances et d’arrangements quasi-scientifiques. En effet, derrière ses atours belliqueux, Battlefield fourmille de réflexes orchestraux et/ou cinématographiques, de cordes acoustiques, de notes de xylophone suspendues et d’accordéons qui pleurent les disparus (la métaphore guerrière est commode). Lesquels se discernent particulièrement le long d’Alignement où MC Blu Rum 13 (Reverse Engineering) soliloque dans un coin d’Eden, sur le délicat Lull, petite pièce pour accompagner les derniers soupirs d’une armée piégée dans la glace et enfin lors du magnifique The Montagues & the Capulets, reprise de La Danse des Chevaliers de Prokofiev où les machines grésillent en arrière-plan, comme si Yann Tiersen poursuivait sa carrière après une crise de démence mal soignée.

En tous les cas, elle ne s’arrangera pas à l’écoute de cette nouvelle rupture discographique, entre conte de fées mécanique (le packaging et les artworks, évidemment superbes) et cauchemar infesté de verts luisants. Comme d’habitude, Ez3kiel ne déçoit pas, bien au contraire. A se demander si cela arrivera un jour, si ces explorateurs sonores, désormais au nombre de quatre, feront autre chose que signer, à chaque fois, leur meilleur album.





Ez3kiel – Battlefield (Jarring Effects) – 2008



3 Responses to “Chants de bataille”  

  1. 1 Danorah

    Cet album est… comment dire… ben euh justement, ça ne se dit pas, à ce stade, c’est au-delà des mots.

    Ecouter, s’en prendre plein la tête du début à la fin, réécouter pour être sûr qu’on n’a pas rêvé, s’en reprendre plein la tête du début à la fin, réécouter encore pour être sûr qu’on n’a rien loupé, s’en reprendre plein la tête du début à la fin, etc. ad lib. Prodigieux.

    Ta critique a mis du temps à venir, mais comme d’habitude c’est toujours aussi agréable de te lire !

  2. 2 Zdenek

    Hey Dano, merci de ton passage et du compliment. Content de te lire à nouveau par ici.

  3. Han ! c’est démoralisant pour moi de venir te lire, avec mes 2 mots de vocabulaire qui se battent en duel.

    Jolie chronique, et excellente définition du EZ3kiel nouveau.

    Mais je maintiens que Naphtaline et Battlefield sur scène… bof bof.

    Bonne continuation !


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