Beruseruku

Beruseruku

Oh bordel, un shōnen, mais il lit que ça ?“, se disent les deux pelés et trois tondus qui passent ici un peu régulièrement. Raté, c’est d’un seinen dont il est question, c’est à dire un manga pour les hommes, les vrais, qui ont l’âge de faire des drifts en bagnole, de fumer des Marlboro, de payer des impôts et de se tricoter des pulls avec leurs poils de torse. Car oui, je lis des productions pour adolescents, mais je me soigne. Revenons plutôt à Beruseruku (Berserk, chez Glénat pour les frites françaises), puisque c’est de lui qu’il s’agit, création de Kentaro Miura qui derrière les morceaux de bidoche cache une épopée médiévale d’une insondable noirceur… et d’autres morceaux de bidoche. Histoire de trancher (oh oh) avec la (déprimante) cascade nécrologique de ces derniers jours…

A priori, pas de quoi réveiller les morts avec ce qui ne semble être qu’une succession de saillies gore destinée à appâter le neuneu qui saurait s’en contenter. Du coup, salutations aux neuneus qui me lisent et notez donc qu’en matière de corps découpés, de têtes éclatées et autres gorges perforées, les aventures de l’anti-héros Guts et sa rivalité avec le dénommé Griffin sauront vous donner satisfaction, même si vous êtes l’un des Rolling Stones. Mise au point rapide : Griffin l’éphèbe à l’ambition dévorante et Guts le mercenaire envahi de haine qui servira un temps sous ses ordres, sont les deux points cardinaux de cette fresque où s’invitent démons barbares, monarques lubriques et autres guerriers assoiffés de sang. En gros, vous savez tout du scénario, je préfère vous épargner les passages où les joutes viriles laissent la place à un occultisme synonyme de démons étonnement grotesques mais incompréhensibles et de hentaï tentaculaire.

Pourtant, même s’ils occupent le haut de l’affiche et si le gigantisme ambiant doit beaucoup à leur charisme respectif, les deux ténors de l’épée ne monopolisent pas les planches, Miura étant parvenu à peupler son œuvre d’un casting de seconds couteaux salvateurs, quitte à en être légèrement ridicule à mesure qu’il lui faut le renouveler (des ninjas, moui bon…). Remarque identique pour les intrigues secondaires et relents fantastiques qui habillent la quête vengeresse esquissées dans les premières pages et permettent à l’itinéraire de Guts d’être un peu plus qu’une ligne droite parsemée de climax sanglants. Toutefois, il convient de ne pas se laisser blouser par l’engouement que suscite la série, laquelle, en dépit de ce qu’elle cache, ne mérite pas d’être considérée comme un sommet de réflexion sur la condition humaine. Défouloir jubilatoire s’il en est, Beruseruku contient en effet juste ce qu’il faut de psychologie pour ne pas trop puer la gratuité, pas plus. Ce qui constitue déjà un vrai petit tour de force au regard de la place occupée par la castagne et les images chocs.

Beruseruku - Extrait

Quand l'expression "tailler sa route" prend tout son sens


Beruseruku
(Hakusensha) – Depuis 1990



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