Castle Waiting

Castle Waiting

Pour qui s’intéresse à la bande-dessinée américaine, les éditions Fantagraphics sont une véritable malle aux trésors où se croisent Daniel Clowes, Chris Ware, Charles Burns, Joe Sacco, les intégrales des Peanuts, de Dennis the Menace ou des travaux de Robert Crumb et même Lewis Trondheim. Un catalogue richissime où plusieurs éditeurs française piochent allègrement, à l’image de Dargaud, Delcourt ou du plus confidentiel mais passionnant Ca et Là, qui a frappé un grand coup à l’automne dernier en traduisant Castle Waiting, roman graphique de Linda Medley (débuté au milieu des années 90 avant d’être repris en hardcover) et chef d’œuvre en matière de fantasy posée et hors des sentiers battus. Attention, séquence de broderie pour éviter que l’illustration ne soit soulignée que d’une seule ligne parce que c’est une configuration plutôt laide. Merci de votre patience vous pouvez poursuivre.

Oubliez les barbares qui bravent mille dangers et les amazones aux mamelles gonflées à l’hélium, car c’est du côté des contes que Linda Medley puise son inspiration. Ainsi, l’histoire débute comme celle de La Belle au bois dormant. A quelques différences près : la malédiction endort tout le château pendant une centaine d’années, contraignant la populace avoisinante à déserter et lorsque la princesse est réveillée par son prince charmant, elle décampe avec lui pour couler des jours heureux. Derrière elle, elle laisse tout un tas de rôles secondaires, cuisiniers, nourrices, religieux, intendants… qui vont s’autogérer, loin du monde, dans ce qui deviendra Caslte Waiting, le Château l’Attente en français, un refuge paisible et convivial pour les exclus et les laissés pour compte.

Plus particulièrement les femmes, au coeur de ce récit au rythme tranquille et sans véritable ligne directrice, qui présente les histoires et petits tracas communautaires de ces freaks : Jaine, Comtesse de Carabas fuyant un mari violent et qui accouche d’un curieux bébé, Soeur Paix, la femme de foi barbue, passée par un cirque avant de trouver sa voie dans un ordre de femmes à la pilosité faciale développée, Henry, forgeron muré dans son mutisme depuis la disparition de son fils… L’occasion pour l’auteur de dresser une galerie de portraits tous plus touchants et étranges les uns que les autres, tout en posant ça et là (formulation involontaire) des clins d’oeil à de fameux récits occidentaux et orientaux et abordant des problématiques contemporaines, de l’acceptation de la différence à la tyrannie dans le monde du travail.

Une gravité qui s’efface derrière l’humour et l’imagination (l’histoire des Sollicitines, débutée comme une discussion anodine avant d’occuper une bonne partie de cet épais volume) qui animent l’écriture de Linda Medley, et derrière son dessin détaillé et… moelleux dirais-je, qui confère à l’ensemble des airs d’incunable réalisé à la gravure. A ce titre, le travail opéré par la maisonnée française Ca et là est remarquable, celle-ci ayant décidé de reprendre le format d’origine (faux cuir, petite lanière en tissu en guise de marque-page, marquage du titre…) et fait des prouesses au niveau du lettrage (tout est traduit et incrusté finement, des onomatopées aux panneaux en bois vermoulu). Vivement donc les volumes suivants prévus en France pour 2009 et 2012, le deuxième volume étant en cours de production aux US (déjà une dizaine d’épisodes parus).

Castle Waiting - Extrait

Au Moye Âge, on analysait déjà l'urine


Castle Waiting
(Fantagraphics) –
2006



2 Responses to “Ah ! Mon beau château”  

  1. 1 M.Rick75

    Merci pour les commentaires pour le lettrage, j’ai transmis a l’interessee qui est, certes, très talentueuse mais je suis un peu responsable car elle ne ferait rien sans MA palette graphique qu’elle squatte honteusement a longueur de journée pour de fallacieux prétextes professionnels. Il me semblait bon d’apporter cette précision.
    Personnellement je suis un grand fan de vos billets quotidiens sur un site de jeux vidéos pleins de lapins et de canards.
    Ce qui amène cette petite info people, Linda Medley etait tres proche de Steeve Purcell, createur de Sam et Max, (et de Mike Mignola) a la fin de ses annees de fac. Maintenant moins.

  2. 2 Zdenek

    Salut Rick75 et merci de ton commentaire.

    Content que tu aies transmis la critique à la personne en charge du lettrage.

    Inutile de me vouvoyer, surtout si c’est pour me faire des compliments.

    Sinon, amusante anecdote, je n’étais pas au courant et pourtant, j’apprécie le travail des trois.


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